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Il y a quelques jours, on a eu droit au rétablissement par Malagasy Airlines de certaines liaisons aériennes dans le nord-est du pays, avec un avion de l’armée de l’air. Le transport aérien obéit à de nombreuses règles censées garantir la fiabilité de vols commerciaux, et est soumis aux normes réglementaires, techniques et juridiques de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). On attend de l’Aviation civile de Madagascar (ACM) les explications sur les normes suivies pour justifier cette incongruité.
Le nouveau Directeur général de l’ACM, Alban « Bàbà » Rakotoarisoa, avait déjà attiré la désapprobation en nommant à un poste de direction quelqu’un ayant produit un faux « certificat d’instructeur national en sûreté ». Il avait alors assumé sa décision avec une certaine arrogance sur la forme, en évitant d’aborder le fond. Dommage pour cette personnalité respectable, mais qui a commis l’erreur d’accepter une nomination populiste à un poste auquel son parcours académique et professionnel ne l’a aucunement préparé. On attend donc le blabla de Bàbà sur ce nouveau dossier : en tant que mpikabary, fera-t-il l’erreur de penser que le verbiage sera une solution aux vrais problèmes ?
Rappelons à ceux qui ont la mémoire courte que l’usage immodéré de la rhétorique [1] a été un des facteurs qui ont précipité Rajoelina et son clan vers leur chute. Accumulation de promesses non tenues qui sont devenues des mensonges, propagande éhontée, enfumage pour maquiller les situations embarrassantes, formules arrogantes et stupides, confusion entre arguments et usage de taim-bava, le tout s’appuyant sur le solelakisme décérébré des partisans : tels sont les ingrédients qui ont produit la délégitimation rapide et durable de l’ancien DJ. Pour donner le change face aux difficultés et dérapages, le pouvoir actuel commence à user cette même ficelle qu’est la rhétorique. La Refondation n’est pas (encore) passée par là, et la vente de saka beloha tend à se perpétuer.
Cela a commencé dès l’arrivée au pouvoir des colonels du Capsat, avec toutes les manœuvres rhétoriques pour dire qu’il n’y a pas eu de coup d’État à Madagascar en 2025. L’enjeu était d’éviter les sanctions internationales. La tactique a fonctionné en utilisant une alliance de fait entre la Gen-Z, les députés, le Capsat et la Haute cour constitutionnelle (HCC), qui ont été les acteurs de la chute de Rajoelina. Toutefois, en grattant un peu sur le processus, beaucoup de choses pourraient être critiquées. Il semble cependant que beaucoup de monde fasse le mody fanina, dans la satisfaction euphorique d’avoir fait tomber Rajoelina. Il y a des équations dangereuses qui commencent à s’étendre dans certains esprits tordus : si on est anti-Rajoelina, il faut être pro-Colonels, et si on fait oeuvre d’esprit critique sur la tournure actuelle des évènements, alors on milite pour le retour de Rajoelina.
Autre exemple : interrogé il y a quelques mois sur ses intentions après la transition, le colonel Randrianirina a laissé planer le doute, affirmant ne pas écarter une candidature à la présidentielle à venir si le peuple le demandait. « Si le peuple le demande » : depuis Tsiranana et en passant par tous les dirigeants, on connaît cette méthode rhétorique ayant pour but d’utiliser le peuple pour servir de prétexte à la décision d’un seul homme ou d’un seul clan. Rajoelina se préparait même à un troisième mandat « à la demande du peuple ». Cela ne lui a pas porté chance.
Certaines déclarations sur la transition sont également fantaisistes. Les uns disent que la transition n’a pas encore commencé, et que la phase actuelle n’est encore que celle de la Refondation. D’autres affirment que nous sommes dans une phase d’intérim : le chef d’État actuel assure-t-il donc l’intérim de Rajoelina en attendant son retour ? On craint que ces artifices de langage ne servent en réalité qu’à grapiller quelques mois de pouvoir en plus de ce qu’offrira la Transition « officielle ».
Le ver est dans le fruit, via cette ribambelle de partis politiques à la représentativité indémontrable proclamant (pour l’instant) que la durée de la Transition ne pourrait excéder trois ans. Bien que le Premier ministre Herintsalama Rajaonarivelo ait réaffirmé dans la foulée la volonté du gouvernement de respecter un mandat de 24 mois qui aurait été fixé par la Haute cour constitutionnelle, on navigue dans un flou total [2], en attendant une fantomatique Conférence nationale annoncée pour plus tard cette année. On ne sait pas dans combien de temps l’élection présidentielle va se tenir. Et on ne sait toujours pas exactement ce que signifie la refondation tant clamée, car certains actes démentent la rhétorique.
Un dernier point qui voit un usage, voire un abus de la rhétorique, c’est l’affirmation de la Justice malgache que tout se fait actuellement selon la Loi, et non sur une volonté de vengeance politique : arrestations, enquêtes ou perquisitions. C’est une affirmation qui autorise à la perplexité, tant sur le profil des faits que sur celui des personnes impliquées. En rhétorique, qui, pourquoi, ou comment sont toujours des questions pertinentes pour comprendre une situation donnée. Sans oublier combien.

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