Marche ariary

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Un retour en arrière. La Banque centrale a lancé hier l’idée de limiter à 1000 ariary les billets de banque émis sur le circuit. Pour le moment c’est juste une suggestion qui nécessite une longue réflexion. On reviendrait donc à l’époque de la 1ère République, soit 65 ans en arrière où on était encore dans la zone franc et que les billets étaient imprimés par l’Institut malgache d’émission qui deviendra la Banque Centrale en 1976. C’était l’âge d’or où avec 1000 ariary, 5000 francs, on pouvait acheter un sac de riz de 50 kg à 1750 francs, une boîte de lait concentré à 50 francs, une tablette de chocolat à 50 francs, quatre baguettes de pain à 140 francs, deux kilos d’entrecôte à 300 francs, deux kilos de côtelettes à 400 francs, deux kilos de sucre à 100 francs, deux kilos de banane à 60 francs, un aller-retour Ankazondandy- Tana à 300 francs, deux kilos de café à 500 francs, un litre d’huile à 100 francs, un saucisson Barbero à 150 francs, une boîte de fromage La Vache qui rit à 40 francs, un livre de bande dessinée Blek le roc ou Zembla  à 70 francs, une dentifrice Fluocaril à 200 francs, un poulet à 500 francs, une course en taxi Mahamasina- Andohalo à 150 francs, un trajet en bus Anosy- Ankatso à 10 francs, un œuf à 20 francs et 4 litres d’essence à 620 francs. Le compte est bon. 

Tout a enrichi depuis l’abandon de la zone franc la création du franc malgache (fmg) et la révolution socialiste. Bien évidemment le contexte mondial a également évolué. La demande était supérieure à l’offre et les prix se sont envolés. Avec 1000 ariary, on ne pouvait plus acheter grand-chose. Des pièces de 25 fmg, 50 fmg, 100 fmg et 250 fmg ont été mis en circulation au début des années 80. Elles ne valent plus grand chose aujourd’hui où un bonbon coûte 300 ariary alors que jadis un ariary pouvait en acheter trois pièces. 

L’inflation a donc poussé les autorités financières à créer de nouveaux billets de 500 ariary,  2000 ariary, 5000 ariary, 10 000 ariary et 20 000 ariary. 

Ainsi, c’est plus commode d’aller au marché même si avec 4 millions en liquide dans les poches pour faire ses emplettes, c’est déjà ostentatoire et attire les convoitises des bandits. 

Certes, les nouvelles technologies avec le paiement par carte et le mobile banking et avec la politique de démonétisation, l’objectif est de limiter la circulation des billets, mais il reste encore beaucoup à faire à ce propos. Quand on sait que le taux de bancarisation tourne autour de 15% de la population, on imagine l’effort qui reste à faire.

Et puis, les versements doivent être faits en espèces encore pour longtemps, on peut rester une semaine dans une banque quand le coursier d’une grande société arrive avec dix sacs bourrés de 1000 ariary. Les autres clients doivent s’armer de patience pour que la seule caisse de la banque soit libre. Si par bonheur il n’y a pas d’autres opérations de la même espèce. 

Autant de paramètres qui indiquent qu’au contraire mieux vaut créer des billets de 50.000 ariary voire 100.000 ariary au point où on en est. D’ailleurs, la grosseur des billets constitue un dénominateur commun des pays pauvres. Réduire les billets en circulation à 1000 ariary est juste une manière de faire semblant de ne pas faire partie de la communauté des pauvres. Mais comme on dit, cherté bien ordonnée commence par soi-même.

Sylvain Ranjalahy

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