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| Alphonse Ralison, ancien ministre du Commerce et diplomate. |
C’est une denrée stratégique sur laquelle ont tablé les paris de tous les dirigeants successifs depuis les années 1970. Jeudi soir au CEDS, Alphonse Ralison, ancien ministre spécialiste de la question, a décortiqué les enjeux de cette filière, qui relève de la sécurité et de la souveraineté nationales.
Des pistes de réflexion, essentielles. « Un dirigeant qui ne maîtrise pas les enjeux de la filière rizicole voit son régime courir à sa perte. » C’est en ces termes qu’Alphonse Ralison, ancien ministre et diplomate de haut vol, a résumé les enjeux de la filière rizicole locale.
Jeudi soir, au Centre d’études diplomatiques et stratégiques (CEDS) Androhibe, le spécialiste a décortiqué le revers de la médaille pour le « Vary malagasy », variété de riz local, longtemps adoubée par les régimes successifs, mais qui n’a cessé de se dévaloriser au détriment de celles qui sont importées. Et pourtant, au-delà d’être un simple aliment, « le riz peut être utilisé comme un levier de développement, mais aussi comme un outil de soft power, pour faire pencher l’échiquier en sa faveur », avait lancé Alphonse Ralison, pendant son intervention, en parlant des pays producteurs et importateurs mondiaux, qui se sont fixé des lignes politiques solides en ce qui concerne cette filière. C’est le cas de l’Inde, premier producteur mondial de riz, qui a consolidé sa position de premier producteur mondial, avec une production de 150 millions de tonnes. La politique indienne a consisté à ériger de vastes périmètres rizicoles. Plus de 47 millions d’hectares sont consacrés au riz. Cette position lui avait permis de faire pencher en sa faveur la conjoncture internationale. Quand, en 2023, le pays a décidé d’arrêter ses exportations de riz blanc non basmati, ce sont des centaines d’autres pays qui ont vu leurs chaînes de valeur être menacées.
Freins
Séquence politique sur séquence politique, le pays n’a cessé de se projeter comme étant le grenier de l’océan Indien, depuis les années 1970. Dans les faits, la filière rizicole locale n’a cessé de se dévaloriser, au profit des variétés importées, et pourtant, le pays est déjà de plain-pied dans le fameux troisième millénaire. Les faiblesses de la filière ont été révélées par des études récentes, puis mentionnées par Alphonse Ralison jeudi, au CEDS Androhibe. « Notre système rizicole est handicapé par de nombreux freins. Notamment la faiblesse du rendement à l’hectare, un cadre foncier obsolète, mais aussi la non-continuité de l’État », a-t-il souligné. Il ajoute que ces faiblesses sont accentuées par une dépendance accrue aux bailleurs et la dévalorisation des recherches agricoles.
Pendant des années, les politiques de développement rizicole n’ont que rarement porté leurs fruits. Pire, les importations massives de riz, ces dix dernières années, n’ont fait qu’aggraver la situation des producteurs à la base. Les prix sont descendus si bas que les producteurs ont récemment été contraints de descendre dans la rue pour manifester leur mécontentement face à la situation.
Itamara Otton

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