This post was originally published on this site.
La révélation des 2,61 milliards d’ariary versés aux membres de la Haute Cour Constitutionnelle entre 2023 et 2024 agit comme un nouveau coup de tonnerre dans un climat déjà saturé de soupçons. Selon les constats de la Cour des comptes, ces fonds n’ont pas été débloqués à travers le circuit budgétaire classique de l’institution, pourtant dotée d’une autonomie financière, mais via un compte relevant du ministère de l’Économie et des Finances. Ce choix, loin d’être anodin, jette une lumière crue sur des pratiques qui interrogent profondément la gouvernance et la transparence au sommet de l’appareil judiciaire.
Les montants en question donnent le vertige. Le président de la HCC aurait perçu à lui seul des centaines de millions d’ariary en l’espace de quelques mois, tandis que les huit hauts conseillers se sont partagé des enveloppes tout aussi conséquentes, validées à travers des délibérations internes successives. Sur le papier, tout semble cadré, justifié, encadré. Mais dans les faits, la répétition de ces décisions et leur mode de financement alimentent le doute.
La Cour des comptes a clairement exprimé ses réserves, évoquant une atteinte aux principes fondamentaux de la transparence budgétaire et rappelant que l’autonomie financière ne saurait justifier des pratiques opaques. Pourtant, malgré la gravité des observations, aucune poursuite n’a été engagée jusqu’ici, laissant planer un sentiment d’impunité. Cette absence de réaction judiciaire renforce l’idée d’un système verrouillé, où les mécanismes de contrôle peinent à produire des conséquences concrètes.
Ce nouvel épisode s’inscrit dans une série de controverses qui ont progressivement érodé l’image de la HCC. Il y a peu, en décembre 2025, une affaire de primes jugées excessives avait déjà suscité l’indignation, largement relayée par la presse nationale. Puis, des tensions internes avaient éclaté au grand jour avec une tentative de destitution du président de l’institution, révélant des fractures profondes au sein même de la haute juridiction. Ces crises successives dessinent le portrait d’une institution fragilisée, minée par des conflits internes et des pratiques financières contestées.
Le paradoxe est d’autant plus frappant que la HCC figurait parmi les structures que le mouvement populaire du mois de septembre 2025 ayant porté le colonel Michaël Randrianirina au pouvoir souhaitait voir disparaître. Considérée par une partie de l’opinion comme déconnectée des réalités et peu redevable, elle était perçue comme un symbole d’un système à réformer en profondeur. Mais en validant l’accession au pouvoir du colonel, l’institution a indirectement scellé sa propre continuité, échappant ainsi à la vague de dissolution envisagée.
Aujourd’hui, la question dépasse largement le cadre des indemnités. Elle touche à la crédibilité même des institutions censées incarner l’État de droit. Dans un pays où une grande partie de la population lutte au quotidien pour subvenir à ses besoins, l’annonce de milliards d’ariary distribués dans des conditions jugées opaques crée un décalage difficilement soutenable. Ce contraste alimente la défiance et renforce l’impression d’une justice à deux vitesses.

Laisser un commentaire