This post was originally published on this site.
La Cour des comptes a livré un constat sans concession sur la gestion des finances publiques à Madagascar. Présenté jeudi à Anosy, son rapport met en lumière des dysfonctionnements profonds, marqués par des pertes estimées à plus de 3 811 milliards d’ariary pour l’année 2025. Un chiffre qui illustre l’ampleur des irrégularités et des pratiques jugées défaillantes dans l’utilisation des ressources de l’État.
Parmi les dossiers examinés, deux projets d’infrastructure concentrent particulièrement les critiques : le téléphérique urbain et le train urbain. Concernant le téléphérique, le coût global des lignes orange et verte a atteint 533 milliards d’ariary, contre une estimation initiale d’environ 443,9 milliards d’ariary (près de 92 millions d’euros). Ce dépassement s’explique notamment par un allongement des délais, passés de 21 à 28,5 mois, générant des charges supplémentaires. Malgré un financement dépassant les 111 millions d’euros et des surcoûts évalués à 47 milliards d’ariary, l’infrastructure ne peut toujours pas fonctionner normalement, faute de raccordement au réseau électrique.
Le projet de train urbain présente lui aussi de sérieuses limites. Sur les 28 locomotives électriques acquises pour un montant de 270 milliards d’ariary, seules quatre sont actuellement opérationnelles. La gestion des financements suscite également des interrogations. Sur les 37 milliards d’ariary de subventions accordées en 2020, à peine 17,5 milliards ont réellement servi au projet, tandis qu’une part équivalente a été utilisée pour soutenir la société Madarail. Cette dernière a par ailleurs contracté un emprunt de 5 milliards d’ariary en 2024, toujours non remboursé à ce jour. La Cour souligne ici un risque de conflit d’intérêts, l’entreprise étant à la fois prestataire et bénéficiaire des fonds.
Le rapport met aussi en cause les procédures d’attribution des marchés publics, évoquant un recours jugé excessif aux contrats de gré à gré, souvent justifiés par l’urgence. Ces pratiques interrogent sur la transparence et la régularité des décisions prises.
D’autres anomalies viennent alourdir le bilan. L’achat d’uniformes pour les forces de sécurité, d’un montant de 4,56 milliards d’ariary, a été réalisé sans appel d’offres, avec des paiements effectués avant livraison. Par ailleurs, une prime de 2 milliards d’ariary accordée aux membres de la Haute Cour constitutionnelle aurait été versée en dehors des procédures prévues. À cela s’ajoute un écart notable dans les données liées aux exportations d’or : alors qu’aucune activité officielle n’est enregistrée entre 2020 et 2023, plus de 4 167 kg, d’une valeur estimée à 268 millions de dollars, auraient été exportés selon des sources internationales.
Face à ces révélations, le chef de l’État a ordonné l’ouverture d’enquêtes approfondies visant les responsables impliqués, sans distinction de rang. Il a également appelé à des réformes rapides pour renforcer les mécanismes de contrôle. Pour la Cour des comptes, ces pertes financières représentent autant de ressources qui auraient pu être investies dans des secteurs essentiels comme la santé, l’éducation ou les infrastructures, accentuant ainsi les conséquences sociales de ces dérives.

Laisser un commentaire